Le Blog: Le naufrage des certitudes

In this week's 'Le Blog', Ceasefire's Canada correspondent Yassine Hamouni looks into the ongoing French revolt over Sarkosy's assault on pensions. Although it's easy to side with the strikers and protesters, it is nonetheless beyond doubt, Hamouni argues, that the debate is being played out on emotional, rather than rational, considerations, with potentially devastating results for all concerned.

Le Blog - Posted on Saturday, October 23, 2010 17:02 - 0 Comments

By Yassine Hamouni

Comme lors des événements des banlieues parisiennes en 2005, les médias nord-américains s’alarment toujours un peu trop de la succession des blocages sociaux qui se produisent depuis quelques jours en France. Sur fond d’images de flammes, de voitures calcinées et de débordements de jeunes, encore une fois ce sont les Français qu’on peint comme des grévistes nés et réfractaires à toute réforme. Par contre, certains médias allemands ou espagnols semblent admiratifs dans leurs commentaires, jusqu’à reprocher à leurs concitoyens de n’avoir rien fait pour freiner certaines réformes. Que peut-on en conclure tout de même ? Que la France rime toujours avec grèves et conflits?

On peut certes s’étonner qu’une réforme comme celle des retraites actuellement en débat puisse susciter tant de mobilisation, plusieurs pays mènent ou ont mené des réformes très dures, sans qu’on n’ait jamais parlé de pénurie d’essence. En Espagne, les 17 % de chômage actuel n’ont pas mis un seul Espagnol dehors. Aucune partie n’a raison ni tort dans ce conflit, et aucun des protagonistes n’a de formule miracle au système des retraites. Mais la responsabilité des blocages est partagée, car les points de vue sur la question sont souvent dogmatiques.

Les syndicats français, à la différence de leurs confrères allemands, par exemple, ont du mal à discuter et négocier de manière constructive de façon à privilégier et faire avancer l’intérêt commun. Des pourparlers ont déjà eu lieu sur cette réforme il y a quelques mois, des concertations où le gouvernement a même fait des concessions sur certains points tels que la pénibilité. Et ce ne sont pas tous ceux qui subissent cette pénibilité au travail qui sont aujourd’hui dans la rue. Mais alors pourquoi la radicalisation, ça frise l’immoralité sociale?

Et c’est là où il est désolant de constater comment un minuscule pourcentage de la population peut saboter une économie en marche en bloquant certains secteurs sensibles. Le président Sarkozy avait déclaré début 2008 : « désormais en France quand il y’ a une grève personne ne s’en aperçoit. » Il venait de connaitre sa première grève post-élection. Grève certes qui n’a pas mobilisé les foules, mais dont les commentaires sarcastiques et un peu arrogants du président sont restés en travers de la gorge des syndicats.

On se crispe trop en France sur le trésor des 30 glorieuses pour se braquer sur une réforme nécessaire et difficile qui est déjà engagée dans plusieurs pays. La dette est déjà abyssale pour les générations futures ; il est dangereux pour elles de refuser en bloc toute proposition de changement sans proposer de réelles alternatives.

Aujourd’hui ça ne plait à personne de travailler longtemps, mais la solidarité c’est d’accepter de le faire pour entretenir un système qui est un modèle planétaire. Les conditions de vie s’améliorent, l’espérance de vie s’améliore, pourquoi ne pas accepter de mettre le système de retraite à jour? Il faut qu’il y ait une prise de conscience que la pyramide des âges s’étire de plus en plus avec une base qui rétrécit. La plupart des travailleurs seront surement amenés à profiter de plus d’années de retraite que d’années cotisées.

La loi qui en découlera de la réforme peut ne pas être parfaite, mais les privilégiés d’aujourd’hui demeureront toujours ceux de demain; fonctionnaires, RATP et SNCF, voire même certains députés. Pourquoi certains accepteraient-ils alors de travailler plus que ces catégories pour financer une partie de leur retraite?

Ce que les syndicats partagent avec le gouvernement est la falsification et le mensonge sur les données ; à l’image du comptage des manifestants dans les rues, chacun assomme la population de chiffres contradictoires. Que pourrait cacher un gouvernement dont la préoccupation première est de se faire avant tout réélire? Se faire réélire ça veut dire satisfaire entre autres ses commanditaires économiques dont certains peuvent être très proches du Président de la République ; certains médias français se sont fait l’écho d’une société d’assurance gérée par le frère même du Président.

Une société spécialisée dans la retraite par capitalisation qui entend bien profiter d’une telle réforme sur les retraites, un marché très lucratif qui va permettre à ces cercles de s’enrichir dans la discrétion la plus totale. Cette société n’est pas la seule dans sa quête, car les principales sociétés d’assurances et les banques sont en train de guetter avec impatience l’adoption finale de la réforme. Et sur ce point, affirmons-le, les citoyens sont rarement informés.

On pourrait craindre alors que le projet ne soit destiné qu’à répondre et à satisfaire les intérêts de ces groupes privés, qui sont sur les starting-blocks de la vente des retraites complémentaires par capitalisation, et ainsi décréter la mise à mort des retraites par répartition qui est le système le plus largement appliqué en ce moment.

La retraite par capitalisation est basée sur la réussite d’investissements financiers sur plusieurs années, dont le risque est globalisé et dont l’individu n’a pas de réels pouvoirs ; les ravages de la crise financière étant encore ressenties aujourd’hui, on peut vite comprendre la panique qu’une telle perspective pourrait susciter chez les salariés. On peut donc faire courir aux individus à travers un système complexe (comme c’est toujours le cas dans la finance) de risques financiers dont les revenus pour certains ne peuvent les couvrir au moment de leur retraite.

Entre les déclinistes qui pensent que ce pays est en faillite et qu’il doit absolument se reformer quel que soit la méthode et ceux qui plutôt trouvent que le pays est encore riche, mais que le problème réside dans le partage de la valeur ajoutée, qui se soucie tout d’abord de savoir comment recréer de la richesse? Alors tout le monde au travail…

Yassine Hamouni est correspondant de Ceasefire au Canada.

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